21 mai 2006

La chute de la maison Google ?

Le dernier baromètre XiTi - 1ère Position indique encore une croissance au mois d'avril de Google qui totalise aujourd'hui plus de 85% de parts de trafic dans le - petit - monde des moteurs de recherche en France.

Enorme (même si, aux Etats-Unis, les chiffres sont moins forts en sa faveur, aux alentours de 50% quand même...) ! Où va s'arrêter ce moteur qui, s'il continue sur cette lancée, devrait bientôt atteindre, en théorie, les 100% de parts de marché et ne plus rien laisser aux autres...Ou plutôt, qu'est-ce qui peut l'arrêter ?
Pour paraphraser Edgar Allan Poe et Charles Baudelaire, qu'est-ce qui peut aujourd'hui causer la chute de la maison Google ? C'est la question, un peu morbide, certes, mais pas moins intéressante, que je me pose. Qu'est-ce qui pourrait faire en sorte que Google baisse ou que ses concurrents prennent le pas sur lui ou tout du moins stoppent l'hémorragie ? Voici un exercice de style sous la forme de quelques scenarii qui peuvent infléchir une histoire qui parfois peut sembler inéluctable...

1. La fraude sur les liens sponsorisés ou "click fraud". On en entend de plus en plus parler. Beaucoup d'observateurs du domaine avancent le chiffre de 30% des clics sur les liens sponsorisés qui seraient issus de fraudes (robots, concurrents malveillants, etc.). Chiffre difficile à vérifier, évidemment. Mais, sur un marché encore instable qui génère 98% des revenus de Google, cette fraude peut causer du tort au moteur en créant une perte de confiance de la part des annonceurs. Il n'est jamais bon de ne dépendre que d'une source de revenus unique. Google le sait mais n'a pas encore infléchi la situation. A ce niveau, il reste de façon évidente un géant aux pieds d'argile...

2. La fuite des cerveaux. Suite à l'explosion de la bulle Internet et grâce à son éclatante santé financière et à son excellente image de marque dès son lancement, Google a récupéré de nombreux ingénieurs talentueux et programmeurs de génie. Il a également fait venir dans son staff bon nombre de "légendes" du Web comme Vinton Cerf et Louis Monier (entre autres)... Pour l'instant, les "googlers" semblent se sentir à l'aise dans leur "Googleplex"... Mais un jour ou l'autre, l'entreprise ne risque-t-elle pas de voir partir certains de ses "cerveaux" vers la concurrence, emmenant avec eux quelques secrets stratégiques ? Sa capacité à savoir retenir ses meilleurs éléments, ceux qui détiennent les clés de ses algorithmes majeurs, sera certainement également l'une des clés de son avenir... On peut ajouter que ceux qui partiront demanderont à profiter de leurs stock-options, ce qui financièrement peut ne pas être négligeable en cas de départs massifs...

3. Personne n'est à l'abri d'un "ratage"... Pas même Google. On l'a vu avec Gmail, produit pour lequel Sergey Brin et Larry Page n'avaient pas prévu le déluge de critiques sur les risques que faisait peser ce service sur la défense de la vie privée et des informations personnelles de ses utilisateurs. L'opinon publique a également tiqué avec Google Desktop, le futur projet GDrive, l'attitude de Google face au gouvernement chinois, etc. Là encore, le risque de perte de confiance est important... L'image de Google s'écorne au fur et à mesure de sa croissance. Non pas qu'il devienne, avec le temps, plus "mauvais" qu'un autre, mais tout simplement parce qu'une multinationale cotée en bourse et connaissant un taux de croissance record aura de plus en plus de mal à faire sienne la maxime "do no evil", credo initial de ses deux fondateurs en 1998...

4. Les procés. Google, leader mondial de son domaine disposant d'une santé financière au dessus de tout soupçon, est une cible idéale pour les procès de tout crin. Il semble même que cela devienne un sport national dans de nombreux pays. Cela ne signifie pas pour autant, d'ailleurs, qu'aucun procès qui lui est intenté ne soit justifié. Le "temps de carence" entre la création, la mise en ligne d'une annonce AdWords et sa vérification par les équipes éditoriales de Google pose des problèmes évidents. C'est un exemple parmi d'autres. Ceci dit, si les procès se multiplient au rythme actuel, cela pourrait vite poser des problèmes complexes à la société en termes financiers...

5. Le risque de dispersion. Aujourd'hui, Google recherche sur le Web, les images, les groupes de discussion, les blogs, la vidéo, demain l'audio, etc. Il propose des logiciels de partage de photos, de gestion des mails, de messagerie instantanée, etc. Il s'ouvre aux traitements de texte, au dessin 3D, j'en passe et des meilleurs (mais des moins bons aussi...)... Ses services se comptent par dizaines, voire par centaines... Tout comme cela lui était arrivé lorsqu'il préparait son introduction en bourse, le risque est latent pour lui d'oublier son métier initial, le "search", brèche dans laquelle pourrait s'engouffrer l'un de ses concurrents...

6. Ses concurrents, parlons-en... Bien évidemment, ils peuvent chahuter ses parts de marché avec un moteur de recherche performant. Google a montré, en balayant Altavista en quelques mois, qu'un "meilleur" outil arrivant sur le marché pouvait avoir son mot à dire, même si beaucoup de choses ont changé depuis cinq ou sept ans... Mais pour cela, il faudra proposer une "pertinence 2.0", pour reprendre une expression à la mode, c'est-à-dire une rupture technologique telle que l'a été le PageRank au début des années 2000... Etre un clone de Google ne suffit pas. Quel intérêt à aller ailleurs chercher un outil similaire à celui que l'on utilise au quotidien ? Yahoo! et MSN l'ont testé à leurs dépens. Leur propre moteur n'a pas réellement réussi à concurrencer Google depuis leur lancement. Aujourd'hui, Yahoo! se lance vers la folksonomie. Microsoft va certainement explorer d'autres pistes, encore inconnues (pour ses utilisateurs tout du moins). Qui reste-t-il pour contrecarrer les plans de Google avec une techno VRAIMENT différente ? A part Ask.com (basé sur Teoma et ses algorithmes de "PageRank communautaire") et Exalead, on ne voit pas trop... Difficile d'envisager un nouvel arrivant, quoique des entreprises comme Amazon peuvent avoir les reins assez solides pour se positionner... Il me semble cependant évident qu'il reste tout à fait possible de combattre Google sur son propre terrain, la recherche d'information. Encore faut-il être "meilleur" que lui, bien meilleur même que ne le fut, à l'époque, Google face à Altavista, ce qui n'est pas un moindre challenge...

7. L'usure du pouvoir, tout simplement. Etre leader trop longtemps, cela peut lasser. Lasser Google. Lasser ses utilisateurs qui peuvent avoir envie, à un moment ou à un autre, d'aller chercher ailleurs. Possible, car la capacité d'innovation de Google n'est pas obligatoirement visible dans le domaine de la recherche d'information sur le Web et son moteur est quasi identique à ce qu'il était, en tout cas pour ce qu'en voit l'utilisateur, en 1998...

Ces sept raisons listées ici sont celles qui me viennent immédiatement à l'esprit. D'autres existent peut-être et même certainement. N'hésitez pas nous en faire part dans vos commentaires, toujours bienvenus. Cependant, entendons-nous bien : je ne souhaite en rien la chute de Google. Il s'agit plus ici d'un exercice de style et d'une réflexion sur un état de fait, plutôt qu'une volonté négative... Etant partenaire de cette société, j'y ai quelques connaissances très sympathiques et les rapports que j'ai avec eux ont toujours été cordiaux et positifs. Mais je me demande parfois si Google n'aurait pas besoin d'une concurrence plus forte à l'avenir, qui profiterait à tout le monde et à lui-même en premier, en s'insérant dans une "spirale de l'excellence" toujours bénéfique à ceux qui la génèrent... Comme le disait Shakespeare, "une chute profonde mène souvent vers le plus grand bonheur"... Ceci était... la chute de ce post ;-)
Source : Abondance, Olivier Andrieu

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